Lu dans la presse

Ces policiers qui « soignent » les ambulanciers

 Publié le vendredi 09 novembre 2012 à 11H00 - Vu 5650 fois
 

Le contrôle effectué par les motards de la CRS 21 a duré 20 minutes. Dans l'ambulance, un garçon âgé de 12 ans, victime d'une entorse à la cheville.
SOISSONS (Aisne). Une ambulance missionnée par le Samu est un véhicule comme les autres. C'est l'étrange théorie qu'ont mise en pratique trois motards de la CRS 21. À Soissons, un enfant blessé en a fait les frais.
FICHE 2095333. Ce n'est pas avec ce numéro que Mme F. va gagner le gros lot. Ce 25 octobre, en matinée, son fils se mélange les pédales sur le chemin du collège. Il est tôt, c'est une chute de vélo, le papa chauffeur routier est au travail et la maman n'a pas de véhicule.
Le gamin a 12 ans. Une douleur lui mord la cheville. Impossible de rallier l'établissement. La maman est prévenue; elle compose le 15. Il est 8 h 43. À 9 heures, le blessé est dans l'ambulance et sa mère avec.
Fiche de transport remplie. La routine presque pour Cédric et Franck, deux ambulanciers certifiés. L'hôpital n'est pas loin. À 9 h 05, si tout va bien, le collégien sera aux urgences, à l'hôpital de Soissons.


Des concombres
« Les motards étaient au rond-point quand l'ambulance a mis sa sirène et son gyrophare. Ils ont été obligés de se pousser sur le côté pour nous laisser passer. À partir de ce moment-là, je me suis dit, c'est sûr, on va y avoir droit ! » se souvient la mère.
Au fan-club de la CRS 21, ça se sent, la maman du jeune blessé va être en retard de cotisation… « Ça n'a pas loupé. J'ai regardé par la vitre arrière. Ils nous ont suivis. On a dû s'arrêter. »
Franck, l'un des deux ambulanciers présents confirme. « On était à 200 mètres de l'hôpital. On a demandé pour quelle raison on était contrôlé, mais aucun policier n'a voulu nous répondre. »
 

Valls sans hésitation

La matinée est mal engagée. Les trois motards de la CRS ont soigneusement béquillé leurs teutonnes à hauteur de l'ambulance. Et ils n'ont pas envie de causer mécanique. « On nous a demandé tous les papiers. Les formulaires pour le transport, nos permis de conduire, la carte grise du véhicule, l'attestation d'assurance, la déclaration DDASS, et les articles du code de la route que nous devons avoir sur nous », indiquent les ambulanciers. À partir de cet instant, les policiers savent que le véhicule sanitaire intervient à la demande du Samu 02. Donc pas pour transporter des concombres, même des concombres en sale état.
Une urgence ? Le trio de la CRS 21 a des soupçons. Et l'un des motards, sans doute une vocation manquée de médecin urgentiste. C'est la raison pour laquelle un policier demande à ce que la porte latérale de l'ambulance soit ouverte. Les occupants du VSL s'y opposent. Ils téléphonent au régulateur du Samu. Ce jour-là, à ce poste, ce n'est autre que le Dr Jamal Choukri qui officie. Le patron du service, dans le département. « Les policiers ont refusé de prendre le médecin au téléphone en prétextant que leur seul supérieur était le ministre Valls. Ils n'ont pas voulu communiquer leur identité, ni celle de leur hiérarchie directe. »
L'entorse du gamin patiente depuis vingt minutes, la maman essaie de se calmer, les ambulanciers évitent l'outrage et les policiers… font leur travail. « C'est ce qu'ils nous ont dit quand on leur a demandé pourquoi nous étions immobilisés », raconte Franck.
Le jeune patient, attendu à 9 h 05 à l'hôpital, a été pris en charge par les urgences à 9 h 25. Les PV annoncés par les policiers ne sont toujours pas parvenus chez le patron des ambulanciers. Le gamin, selon les médecins, va bien. Et les policiers, foi de leur capitaine, ont agi comme il fallait. Si on osait, on ajouterait : avec humanité.
Textes : Yves KLEIN
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.