Lu dans la presse

SMUR PARAMEDICAL INQUIETUDE DE SAMU DE FRANCE

TOULON, 11 avril (APM-Reuters) - La mise en place d'une unité de SMUR paramédicale au SAMU-Centre 15 du Var suscite l'inquiétude du syndicat SAMU de France qui en dénonce dans un communiqué "les dérives".


A partir du 1er juin, l'une des trois équipes SMUR du CH de Toulon partira avec une infirmière à la place d'un médecin. Ce dispositif a été validé par l'agence régionale de l'hospitalisation (ARH) de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Dans un communiqué, Patrick Goldstein, chef de service du SAMU de Lille, et secrétaire général de SAMU de France, considère que "ce dispositif constitue une faille dans la qualité de la prise en charge des patients en urgence et donc de leur sécurité sur l'autel d'une réduction du temps de travail médical mal préparée. La gravité de l'état d'un patient dans le cadre de l'urgence ne peut se juger a priori: il est parfois trop tard", commente-t-il.

Pour Marc Giroud, président de SAMU de France, "ce qui est présenté par l'ARH et le SAMU comme une innovation intéressante constitue en fait un véritable recul".

"Au lieu de dire clairement que la qualité de la prise en charge va baisser à cause de problèmes budgétaires, on apporte des justifications fantaisistes en disant qu'un tiers des sorties de SMUR ne nécessitent pas de médecins. C'est absurde. Cela revient à dire: ne réalisons plus 80% des examens de laboratoires car ils ont des résultats normaux", explique-t-il à l'APM.

Marc Giroud estime paradoxal de voir s'installer ce type de dispositif, déjà mis en place depuis plusieurs années par le CH de Mulhouse, alors qu'on attend une circulaire sur l'organisation des urgences qui vise au contraire "à renforcer la sécurité et le maillage territorial des SMUR".

"Arrêtons de tromper le monde. Si on veut maintenir la qualité de prise en charge de l'urgence en France, il faut donner aux SMUR les moyens de fonctionner".

LE CHEF DU SERVICE DU SAMU REFUTE LE TERME DE "DERIVES"

Le chef du service du SAMU mis en cause, Jean-Jacques Arzalier, réfute le terme de "dérives" utilisé par les dirigeants du syndicat SAMU de France. Il reconnaît que ce dispositif a été effectivement mis en place du fait de l'application de la RTT médicale.

"Il nous fallait 7 postes de praticiens hospitaliers pour maintenir les 3 équipes de SMUR. Nous avons fait une grève. Deux postes de PH nous ont été attribués. Il n'a pas été possible d'aller plus loin. Il faut savoir que le CH de Toulon, qui avait besoin de 54 postes, n'en a obtenu que 8 en 2003"

Le chef de service précise que seuls deux de ces médecins ont accepté de faire des heures supplémentaires. "Il n'est pas question de faire pression sur mon équipe pour qu'elle en fasse plus. Je suis légaliste. Et ce serait contraire à l'esprit des 35 heures et du repos de sécurité qui doivent justement permettre d'améliorer la sécurité des patients en diminuant la fatigue des médecins".

"L'alternative était simple. Soit on supprimait cette troisième équipe de SMUR, soit on obtenait des postes d'infirmières pour assurer un poste avancé de prise en charge paramédicale", indique-t-il.

Jean-Jacques Arzalier estime que le dispositif est sûr. "Il n'est pas question de remplacer le médecin par l'infirmière. L'infirmière agira dans le strict cadre de ses compétences. L'infirmière sera envoyée par le médecin régulateur pour des patients qui ont besoin de soins paramédicaux, par exemple, un diabétique en hypoglycémie ou un patient victime d'une fracture de l'avant-bras non ouverte, qui a besoin d'antalgiques".

Il rappelle qu'un "décret de 1987 prévoit que le SAMU-Centre 15 déclenche la réponse adaptée à la situation", et qu'une étude de l'Observatoire de Midi-Pyrénées a montré que 40% des sorties de SMUR n'impliquent pas de gestes thérapeutiques.

"Il est exagéré de considérer que la gravité d'un patient ne peut pas s'évaluer. L'existence même de la régulation prouve que l'on peut évaluer une grande partie des situations".

Le chef de service estime que le régulateur se trouve dans trois types de situation: les urgences vitales qui nécessitent un médecin, les urgences non vitales ou des prises en charge à domicile où l'on peut justement envoyer une infirmière, et enfin les appels aux renseignements confus où l'envoi d'un médecin libéral est conseillé.

"Mais lorsque le médecin libéral n'est pas disponible, l'envoi d'un SMUR médicalisé peut s'avérer une précaution excessive préjudiciable aux vraies urgences. On peut aussi bien envoyer une infirmière qui pourra donner des soins paramédicaux et évaluer la situation ou bien une ambulance qui conduira le patient aux urgences si nécessaire".

Jean-Jacques Arzalier rappelle néanmoins qu'il souhaite toujours obtenir des postes de PH pour assurer la médicalisation de la troisième équipe SMUR d'ici trois ans. "En revanche, si l'évaluation que nous allons conduire démontre l'intérêt de ce cette équipe paramédicale, je pense qu'il faudra la conserver", commente-t-il.

Il ajoute que "la circulaire sur les SAMU qui est en cours d'élaboration pourrait éventuellement autoriser la constitution d'équipes paramédicales de SMUR dans le cadre d'expérimentations".

SAMU DE FRANCE CRITIQUE LA CONVENTION SIGNEE AVEC LES AMBULANCIERS PRIVES

Le président du syndicat SAMU de France critique également la convention mise en place par le SAMU du Var avec l'association d'ambulanciers privés équipés de défibrillateurs semi-automatiques (cf dépêche APM du 4 avril).

Le médecin régulateur peut envoyer un ambulancier équipé d'un défibrillateur semi-automatique pour des urgences non vitales. L'ambulancier réalise avec ce même appareil un électrocardiogramme, qui est transmis par GPRS au médecin régulateur. Après avoir analysé l'électrocardiogramme, le médecin oriente le patient dans un service approprié. En cas d'urgence, un SAMU est envoyé auprès du patient, rappelle-t-on.

Si Marc Giroud juge positif que des ambulanciers s'équipent de défibrillateurs semi-automatiques, il estime anormal qu'ils fassent des électrocardiogrammes. "Même s'ils sont formés, cela ne relève pas de leurs compétences mais de celles des infirmières".

Mais surtout, il considère que "la logique du dispositif n'est pas bonne". "En cas de douleur thoracique et si on estime nécessaire de faire un électrocardiogramme, alors c'est qu'on soupçonne la possibilité d'un début d'infarctus. C'est donc une équipe médicale qui devrait être sur place et pas un ambulancier".

"En cas de problème, le SAMU mettra encore une trentaine de minutes pour arriver. Le défibrillateur semi-automatique n'est pas suffisant, un traitement de désobstruction doit être immédiatement prodigué en cas d'infarctus du myocarde".

Marc Giroud s'étonne que "dans ce département, on présente comme des nouveautés des diminutions de prestation pour le patient, l'infirmière réalisant le travail du médecin et l'ambulancier celui de l'infirmière".

Jean-Jacques Arzalier défend le dispositif précisant que "le conseil départemental de l'Ordre des médecins a donné son accord aux ambulanciers pour les électrocardiogrammes". Ils n'analysent par les électrocardiogrammes. Ils ne font que poser les électrodes. Dans les hôpitaux, les électrodes sont parfois posées par des aide-soignants ou des externes".

"Lorsque le régulateur reçoit un appel évoquant une douleur typique de l'infarctus du myocarde, on envoie bien sûr un SMUR. Lorsque l'appel ne donne pas d'éléments suffisamment clairs, on envoie généralement un médecin libéral de garde auprès du patient. Ce n'est que lorsqu'il n'y a pas de médecin libéral que l'on envoie un ambulancier avec un défibrillateur semi-automatique".

Le chef de service considère que le dispositif a démontré que la régulation était efficace. "Sur 50 déplacements pris en charge par les ambulanciers au premier trimestre, 5 ont nécessité l'envoi du SAMU. Ces personnes ont été ensuite prises en charge sans difficulté. Quand c'est un médecin libéral qui réalise un électrocardiogramme, l'interprète et fait appel au SAMU, on ne se pose pas la question du délai d'intervention".

Il souligne enfin que le temps d'intervention du SAMU du Var est excellent avec une moyenne de 45 minutes entre l'appel du patient et son arrivée dans le service de cardiologie.

cf/eh/APM-Reuters polsan
CFGDA002 11/04/2003 14:01 ACTU